Les statines lipophiles semblent diminuer le risque de maladie de Parkinson

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Contexte et objectif

La maladie de Parkinson (MP) est une maladie neurodégénérative dont la fréquence progresse de manière importante : le nombre de cas a doublé dans le monde entre 1990 et 2020, et pourrait encore doubler d’ici 2040. Cette forte augmentation s’explique, en grande partie, par l’allongement de l’espérance de vie et le vieillissement des populations. Comme les traitements actuels ne permettent ni de prendre en charge de manière réellement efficace cette maladie, ni d’en retarder son apparition ou de ralentir son évolution, la recherche de nouveaux traitements, efficaces et accessibles, devient une urgence sanitaire. Mais, le processus habituel de la conception d’un nouveau médicament à sa mise sur le marché est long et coûteux. Dans ce contexte, le repositionnement de médicaments – c’est-à-dire l’utilisation d’un médicament déjà existant et utilisé à d’autres fins – semble une stratégie prometteuse pour identifier, rapidement et à moindre coût, des traitements curatifs, voire préventifs, de la MP.

Des chercheurs de l’équipe Exposome et Hérédité se sont intéressés aux statines, un groupe de médicaments fréquemment prescrits contre l’hypercholestérolémie et pour la prévention cardiovasculaire. De précédentes études épidémiologiques ont identifié les statines comme associées à un risque diminué de MP. Toutefois, ces études présentaient des limites méthodologiques : en effet, le diagnostic de MP est souvent précédé d’une période prodromale durant laquelle des symptômes non-moteurs apparaissent (constipation, troubles de l’odorat ou du sommeil), pouvant précéder le diagnostic de plusieurs années et induire, par exemple, des changements dans la prescription des statines. Par conséquence, un manque de considération ou une considération imparfaite de cette période prodromale pourrait entrainer un biais, dit biais de causalité inverse. En étudiant la relation entre la prise de statines et le risque de MP dans la cohorte E3N, les chercheurs ont évité les limites méthodologiques des précédentes études, grâce au long suivi (2004-2018) et au nombre de cas de MP important de l’étude E3N.

Méthodes

Cette étude repose sur les données de 73 925 femmes E3N, qui, en 2004, étaient âgées de 54 à 79 ans, n’utilisaient pas de statines et étaient indemnes de MP. Au cours du suivi (2004-2018), 18 759 femmes (25,4 %) ont consommé des statines au moins une fois et 524 femmes ont développé la MP. L’identification des cas de MP a reposé sur une stricte procédure de validation par un comité de spécialistes. L’association entre l’utilisation de statines et le risque de MP a été estimée par une analyse de survie et en comparant l’incidence de MP chez les femmes selon leur prise ou non de statines. Un décalage temporel de 5 ans a été appliqué sur l’exposition aux statines afin de minimiser le biais de causalité inverse. Ainsi, le risque de MP a été estimé pour une utilisation de statines au moins 5 ans avant le diagnostic.

Résultats

Si l’utilisation de statines dans leur ensemble n’était pas associée à la MP, l’utilisation de statines lipophiles (atorvastatine, fluvastatine et simvastatine) était associée à une diminution de 30% du risque de MP, avec une relation dose-effet en fonction de la dose quotidienne. En revanche, il n’y avait pas d’association pour les statines hydrophiles (pravastatine et rosuvastatine).

Durant les 5 années précédant le diagnostic, il existait une augmentation plus marquée des prescriptions de statines chez les femmes avec une MP par rapport aux femmes indemnes, montrant la pertinence de ces analyses comportant un décalage temporel d’exposition. Cette différence pourrait être expliquée par une plus grande fréquence de contacts médicaux pour les femmes avec une MP dans les années avant le diagnostic, probablement en raison des symptômes non-moteurs.

Conclusion 

Le rôle spécifique des statines lipophiles pourrait s’expliquer par leur structure chimique et leur caractère lipophile qui leur permettent de pénétrer dans le cerveau en traversant plus facilement la barrière hémato-encéphalique, puis d’avoir des effets bénéfiques sur la MP en inhibant l’inflammation et le stress oxydatif, deux facteurs qui favorisent la MP.

La mise en évidence d’une relation dose-effet suggère que des doses quotidiennes plus élevées de statines lipophiles sont susceptibles d’être plus bénéfiques que des doses plus faibles.

Des essais thérapeutiques sont maintenant nécessaires pour confirmer le rôle bénéfique potentiel des statines lipophiles sur la MP.

Pour en savoir plus :

Nguyen TTH, Fournier A, Courtois É, Artaud F, Escolano S, Tubert-Bitter P, et al. Statin Use and Incidence of Parkinson's Disease in Women from the French E3N Cohort Study. Mov Disord. 2023 May;38(5):854-65.

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