Les contaminants alimentaires PBDE favorisent le cancer du sein

Contaminants_Chaine_alimentaire

Décembre 2022

Pourquoi une étude alimentaire sur les PBDE ?

Les polybromodiphényléthers (PBDE) sont des composés industriels chimiques qui ont été utilisés principalement comme retardateurs de flamme dans un large éventail de produits de consommation d’usage courant : les appareils électriques et électroniques (téléviseurs, ordinateurs, imprimantes, télécopieurs, câbles de connexion), les véhicules (éléments en plastique et garnitures de sièges) et certains textiles (moquettes et tissus d’ameublement). Les PBDE contenus dans ces objets peuvent se volatiliser directement dans l’atmosphère ou se combiner à la poussière au fur et à mesure que les matériaux vieillissent.

Les PBDE sont des polluants ayant des effets de perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire qu’ils affectent notre santé à travers divers mécanismes, notamment en imitant ou en bloquant l'action des hormones.

Même si leur utilisation est interdite en Europe depuis 2004, les PBDE restent longtemps présents dans l'environnement : ce sont des polluants organiques persistants. Les PBDE ont contaminé la chaine alimentaire si bien que l’alimentation est la source principale d’exposition pour la population. Comme ils s’accumulent et s’amplifient, les PBDE sont particulièrement présents au bout de la chaîne alimentaire. D’autre part, les PBDE ont la caractéristique d’être lipophiles, c’est-à-dire de s’accrocher aux lipides ; leur concentration est de ce fait plus élevée dans les aliments gras d’origine animale (lait, fromages, poissons gras, etc.).

Dans cette étude s’appuyant sur les données des femmes E3N, les chercheurs de l’équipe Exposome et Hérédité ont évalué l'association entre l'exposition alimentaire aux PBDE et le risque de cancer du sein. Ils ont également regardé si cette association pouvait être potentiellement modifiée par la consommation d'huile d’origine végétale.

Méthodologie

67 879 femmes E3N ont été incluses dans cette étude. Au cours du suivi de 21 ans, 5 686 d’entre elles ont eu un diagnostic de cancer du sein.

Afin d’estimer l’exposition aux PBDE des femmes E3N via leur alimentation, les chercheurs ont croisé les données déjà recueillies sur leur alimentation et celles publiées par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) sur les niveaux de contamination des aliments consommés en France.

Résultats

Les analyses statistiques ont dévoilé une légère association entre l'apport alimentaire en PBDE et le risque de cancer du sein, le risque de cancer augmentant lorsque l’apport en PBDE était plus élevé.

Comme les PBDE sont lipophiles, les chercheurs ont regardé si cette association pouvait être influencée par la consommation d’huile végétale : ils ont constaté que, pour les femmes qui étaient les plus grandes consommatrices d’huile végétale (au moins 4,6 g par jour), cette association était plus marquée. Des études toxicologiques suggèrent que l’huile végétale augmenterait la bioaccessibilité des PBDE pendant la digestion, et ainsi favoriseraient leur absorption intestinale.

Conclusion

Pour limiter les effets négatifs sur la santé induits par l'exposition aux contaminants chimiques, notamment ceux qui malgré leur interdiction persistent dans l’environnement et s’accumulent dans la chaîne alimentaire, il est important de pousser les investigations pour pouvoir identifier d’autres interactions entre aliments et contaminants.

Les chercheurs de l’équipe Exposome et Hérédité vont par exemple regarder si la consommation de fibres pourrait aider l’organisme à éliminer les contaminants alimentaires.

De telles découvertes permettraient d’élaborer des recommandations nutritionnelles plus précises, et ainsi plus efficaces, afin de réduire les effets néfastes des contaminants alimentaires sur la santé.

 

Pour en savoir plus, téléchargez l’article scientifique :

Frenoy P, Marques C, Fiolet T, Cano-Sancho G, Severi G, Mancini FR. Positive association between dietary exposure to polybrominated diphenyl ethers and breast cancer risk in the French E3N cohort: The role of vegetable oil consumption. Environ Int. 2022 Sep;167:107444.

Voir l'article scientifique sur PubMed