Expositions hormonales et risque de maladie de Parkinson chez les femmes

Parkinson

Grâce à un long travail de l'équipe " Exposome et hérédité ", en collaboration avec deux neurologues, près de 1 200 femmes traitées pour une maladie de Parkinson ont été identifiées parmi l'ensemble des participantes E3N, faisant de cette étude la cohorte prospective avec le plus grand nombre de participantes atteintes de maladie de Parkinson chez les femmes dans le monde.

La maladie de Parkinson est environ 1,5 fois plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, ce qui explique qu'il y ait eu peu d'études portant spécifiquement sur les femmes et que les facteurs de risque de cette maladie chez les femmes soient encore mal connus. En particulier, les résultats des études antérieures sur le rôle des expositions hormonales demeurent contradictoires.

C'est pourquoi, des chercheurs de l'étude E3N, secondés par toute une équipe technique, ont souhaité évaluer l'influence des facteurs reproductifs et de l'utilisation d'hormones exogènes sur le risque de maladie de Parkinson chez les femmes de la cohorte E3N. En effet, d'après des études expérimentales, les hormones sexuelles féminines, notamment les estrogènes, pourraient jouer un rôle neuro-protecteur.

Méthodologie

L'analyse a porté sur 1 165 femmes dont le diagnostic de maladie de Parkinson a été porté entre 1991 et 2018, après leur entrée dans la cohorte E3N (cas incidents). 

Ces 1 165 cas ont été identifiés par auto-déclaration des participantes ou grâce aux remboursements de médicaments antiparkinsoniens.

Les cas diagnostics de maladie de Parkinson ont ensuite été validés à partir :

  • de dossiers médicaux remplis par leurs neurologues ou généralistes traitants qui ont été revus et discutés par un comité d'experts pour atteindre un consensus (61% des cas validés)
  • d'un algorithme validé basé sur les remboursements de médicaments antiparkinsoniens et les consultations médicales lorsque les dossiers médicaux n'étaient pas disponibles (39% des cas validés)

Nous remercions chaleureusement toutes les participantes de E3N qui nous ont permis de mener à bien ce travail en nous communiquant les coordonnées de leurs neurologues afin d'obtenir leur dossier médical pour la validation des diagnostics.

Principaux résultats

L'étude, financée par l'Agence Nationale de la Recherche, a évalué l'association entre de nombreuses caractéristiques de la vie reproductive et la maladie de Parkinson.

Les résultats montrent que la durée du cycle menstruel, l'allaitement maternel, la prise de contraceptifs hormonaux, le statut ménopausique (être ou pas ménopausée) et l'âge de survenue de la ménopause ne sont pas associés de manière significative au risque de maladie de Parkinson.

A l'inverse, certaines caractéristiques de la vie reproductive pourraient être associées à une augmentation du risque de la maladie de Parkinson, notamment une puberté précoce ou tardive, la multiparité et une ménopause artificielle, d'autant plus lorsqu'elle a eu lieu avant 45 ans. Chez les femmes ayant eu une ménopause artificielle, la prise de traitements hormonaux de la ménopause pourrait néanmoins avoir un effet bénéfique et retarder la survenue de la maladie de Parkinson. Ces résultats sont en accord avec l'hypothèse selon laquelle les hormones sexuelles féminines pourraient jouer un rôle neuro-protecteur et contribuer à expliquer le moindre risque de maladie de Parkinson chez les femmes.

En conclusion, cette étude suggère que certaines caractéristiques de la vie reproductive et les expositions hormonales pourraient jouer un rôle dans la survenue de la maladie de Parkinson chez les femmes. Ces résultats pourraient permettre à terme d'identifier des groupes à risque au sein desquels des stratégies de prévention pourraient être proposées précocement.

Poster de présentation des résultats 

Caractéristiques de la vie reproductive et incidence de la maladie de Parkinson chez les femmes résultats de la cohorte prospective française E3N

 

 

Giancarlo Pesce, chercheur post-doctorant de l'équipe, encadré par Marianne Canonico et Alexis Elbaz, a présenté les résultats de cette étude, lors des Journées de Neurologie de Langue Française, qui se sont tenues en avril 2022 à Strasbourg.

Il a reçu à cette occasion un prix de la Société Francophone pour les mouvements anormaux (SOFMA) pour la présentation de son poster.

>> Découvrez le poster