Maladie de Parkinson : améliorer la compréhension des facteurs de risque chez les femmes

Parkinson femmes

La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative caractérisée par la présence de symptômes moteurs (tremblement au repos, lenteur du mouvement, rigidité, troubles de l’équilibre). Ces symptômes peuvent être accompagnés, et souvent précédés, par des symptômes non moteurs, comme une constipation sévère, des troubles de l’odorat, des troubles du sommeil paradoxal ou une dépression.

La maladie de Parkinson touche actuellement 200 000 personnes en France et, chaque année, environ 25 000 nouvelles personnes sont diagnostiquées. Cette maladie est 1,5 fois plus fréquente chez les hommes que chez les femmes. Par conséquent, peu d’études ont porté sur les femmes et leurs facteurs de risque spécifiques restent mal connus. Par ailleurs, des études expérimentales suggèrent que les hormones féminines pourraient jouer un rôle neuroprotecteur sur le cerveau et intervenir ainsi dans les mécanismes biologiques associés à cette maladie.

Les symptômes de la maladie de Parkinson peuvent être améliorés pendant de nombreuses années par le traitement et la kinésithérapie. Malheureusement, il n’existe pas, à ce jour, de traitement curatif. C’est pourquoi il est important de mieux comprendre les facteurs de risque de la maladie pour essayer de mettre en œuvre des stratégies de prévention avant l’apparition de cette pathologie.

C’est pourquoi l’équipe Exposome et Hérédité a décidé de mettre en œuvre un nouveau programme de recherche sur la maladie de Parkinson chez les femmes de la cohorte E3N.

Méthodologie

A partir des auto-déclarations des participantes et les remboursements de médicaments antiparkinsoniens, les chercheurs ont identifié les femmes qui ont développé une maladie de Parkinson entre 1990 et 2018.

Les dossiers médicaux de ces femmes ont été obtenus en contactant leurs neurologues ou généralistes. Ces dossiers ont été revus et discutés par un comité d’experts pour atteindre un consensus (61% des diagnostics). 

Quand les dossiers médicaux n’étaient pas disponibles, les chercheurs ont utilisé un algorithme validé, basé sur les remboursements de médicaments antiparkinsoniens et les consultations médicales (39% des diagnostics).

Les chercheurs ont ainsi pu : 

  • identifier 1 200 femmes ayant développé une maladie de Parkinson au cours de suivi et calculer l’incidence de la maladie (0,5 pour 1 000 personnes-années) qu’ils ont comparée à des taux d’incidence de référence, avec une excellente cohérence, ce qui est en faveur de la validité de leur approche.

 Taux d'incidence de la maladie de Parkinson chez les femmes E3N (1992-2018)

Incidence Parkinson femmes

Lignes pointillées : estimations ponctuelles

Zones ombrées : intervalles de confiance à 95 % (IC).

Courbe rouge : taux d'incidence chez les femmes E3N de 1992 à 2018

Courbe grise : taux d’incidence chez les femmes d'Europe de l'Ouest selon le Global burden of disease (https://www.healthdata.org/gbd/2019) de 1992 à 2018

 

  • estimer le risque qu’une femme âgée de 50 ans a de développer une maladie de Parkinson avant l’âge de 90 ans, si elle survit jusqu’à cet âge : il est de 2,4%. Ces chiffres sont inédits pour la France.

 

Grâce à sa très grande taille et à son long suivi de près de 30 ans, E3N représente aujourd’hui l’étude de cohorte ayant permis d’identifier le plus grand nombre de femmes atteintes de cette maladie au monde, ce qui permet maintenant d’envisager de nombreux projets de recherche sur les facteurs de risque de cette maladie.

 

Projets de recherche

Plusieurs projets ont d’ores et déjà débuté grâce aux financements obtenus de l’Agence nationale de la recherche (ANR), la fondation américaine Michael J. Fox Foundation (MJFF), France Parkinson, l’Université Paris-Saclay et l’Institut pour la Recherche en Santé Publique (Iresp). 

Ces premiers projets ont pour objectif de mieux comprendre le rôle des caractéristiques de la vie reproductive et des expositions hormonales, des médicaments prescrits pour d’autres maladies qui pourraient jouer un rôle neuroprotecteur, de l’alimentation, du poids ou encore de l’activité physique.

A travers ces projets, dont les résultats seront communiqués au fur et à mesure, l’équipe Exposome et hérédité espère pouvoir contribuer à améliorer la compréhension de cette maladie neurologique, dont l’origine demeure mystérieuse, et identifier des pistes prometteuses pour sa prévention.

Nous remercions très sincèrement toutes les participantes E3N qui nous ont permis de mener à bien ce travail en nous communiquant les coordonnées de leurs médecins pour que nous puissions obtenir leur dossier médical et en répondant régulièrement aux questionnaires de l’étude.

 

Pour en savoir plus Canonico M, Artaud F, Degaey I, Moisan F, Kabore R, Portugal B, Nguyen TTH, Pesce G, Boutron-Ruault MC, Roze E, Elbaz A. Incidence of Parkinson's disease in French women from the E3N cohort study over 27 years of follow-up. Eur J Epidemiol. 2022 Mar 14.